Kassa

Publié le par Eva

Première femme de Mansa Souleiman, qui occupa le trône de l’empire du Mali de 1341 à 1360, Kassa partageait le pouvoir avec l’empereur et les décisions touchant aux affaires du royaume étaient toujours annoncées en leurs noms à tous deux.
 
LECON DE GEOGRAPHIE :
 La traversée de cet immense empire nécessitait plusieurs mois de marche. Ses frontières englobaient les territoires actuels du Mali, du Sénégal, de la Guinée et de la Mauritanie. Allant de la savane ouest africaine, de l’océan Atlantique jusqu’à l’Est de la boucle du Niger, l’empire abritait près de 400 villes et villages dont certains urbanisés où se côtoyait une large diversité d’ethnies et de cultures. Le Mali domina l’Afrique occidentale du 11e au 14e siècle. Premier producteur mondial d’or avant la découverte d’un Nouveau Monde aux Amériques, ses fabuleuses mines du Bambouck et du Bouré irriguaient du précieux métal les circuits monétaires de l'Europe et du monde musulman.
 
 
Au temps de Kassa, « la discipline des fonctionnaires et des gouverneurs de province respectueux de l’autorité du souverain, etles routes sécurisées à l’intérieur des frontières, permettaient de longs déplacements sans crainte d’être inquiété par les bandes de pillards.»
 
C’est à Niani, capitale de l’empire, (située près de l’actuelle frontière guinéo-malienne), que se déroulaient les célébrations de fêtes agricoles. Les spectateurs manifestaient une véritable adulation pour Kassa, majestueuse aux côtés du sultan. Drapée de soies, elle portait au cou plusieurs rangs de colliers précieux assortis à ses pendants d’oreilles et agitait gracieusement un éventail en argent filigrané, en réponse aux saluts de la foule en liesse.
 
Kassa jouissait d’une grande notoriété dans le royaume et quand elle se baladait dans les rues de Niani, les passants se prosternaient en s’aspergeant de sable sur la tête. Même les autres épouses du roi ne bénéficiaient pas d’une telle considération.

Pourtant un jour, Kassa fut arrêtée sur ordre du roi et assignée en résidence surveillée chez un gouverneur de province ! Cela provoqua un grand désordre dans la ville, personne ne connaissait la cause de cette arrestation. L’agitation monta d’un cran lorsque, quelques jours plus tard, Mansa Souleiman procéda à l’installation officielle d’une autre épouse qui n’était même pas d’origine noble ! Devant le tollé général, le sultan, essayant de calmer la situation, fit revenir Kassa en ville mais pas à ses côtés sur le trône. Malheureusement, les foules n’y comprenaient toujours rien et les commandants de la garde royale décidèrent de tenter une médiation et d’intercéder en faveur de la reine déchue.
 
Même les anciennes dames de compagnie de Kassa ne réservaient pas la même déférence à la nouvelle reine Bendjou, on peut même dire que celle-ci était traitée avec mépris. S’en étant rendue compte, elle s’en plaignit au roi qui se vit obligé d’informer ses notables des raisons de la décheance de Kassa.

Le sultan les reçut au palais et leur fit dire, par la bouche de Doughâ, son porte-parole : « On parle beaucoup à propos de Kassa et les interventions se multiplient pour qu’elle retrouve son rang. Mais sachez qu’elle s’est rendue coupable d’un grand crime. » Et, devant l’assistance médusée, les gardes firent entrer une jeune esclave qui venait visiblement d’être châtiée. Le griot royal hurla : « Expose ce que tu sais. » Sans se faire prier, la jeune fille terrorisée raconta que Kassa lui avait confié en secret un message pour le prince Djathal, un cousin paternel du roi, condamné à l’exil au fin fond du pays. Selon elle, la reine invitait le prince banni à venir détrôner son époux Souleyman et lui assurait qu’elle trouverait le soutien de l’armée pour l’aider à asseoir son autorité.

Après ces révélations, les commandants stupéfaits reconnurent que Kassa avait effectivement commis un grand crime et qu’elle méritait la mort. Aussitôt prévenue de ce qui se tramait, Kassa qui disposait d’un réseau d’espions efficaces, quitta subrepticement sa demeure pour aller se réfugier dans la maison du prédicateur. Endroit où l’on pouvait trouver asile lorsqu’on n’avait pas le temps d’atteindre la grande mosquée. Malheureusement on ne sait pas ce qu’il advint de Kassa après cela ni si sa félonie était véritable. Mais il semble bien que Kassa fut la dernière femme à avoir occupé une telle place sur le trône du Mandingue.
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Publié dans REINES D'AFRIQUE

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